“Il faut que les associations paysannes coopèrent”

Thiès est l’une des plus grandes villes du Sénégal, mais c’est surtout une ville incontournable : noeud ferroviaire et routier de l’axe Dakar – Saint Louis, et ancien lieu de garnison, connue pour son caractère revendicatif. J’y rencontré Yeesal Agrihub, que vous avez connu dans « Yeesal Agrihub, paysans nouvelle génération » et l’Association Sénégalaise des Producteurs de Semences Paysannes, la fameuse ASPSP représentée par Alihou Ndiaye que vous avez écouté dans le TWTS #15 – Le pouvoir du consommateur.

Mon chemin m’a ensuite menée en Juin jusqu’à Ibrahima Seck et Mor Sokhna Diop, qui m’ont reçue pour me présenter la FENAB :  Fédération Nationale pour l’Agriculture Biologique, et leur innovant programme SPG : Système Participatif de Garantie. Si vous vous rappelez bien, on avait déjà parlé de certification participative au Mexique avec « Tous dans la même assiette » ! L’opportunité de voir le côté sénégalais du concept était donc la bienvenue.

La FENAB existe depuis 2008 et regroupe 164 organisations paysannes dans tout le Sénégal. Ce sont 22 000 producteurs sénégalais qui sont concernés par leurs activités de suivi et de formation.

Leur constat est simple : les certifications classiques pour l’agriculture biologique ont un coût trop élevé pour les producteurs, et leurs critères sont souvent fixés par des pays européens, donc non applicables au contexte sénégalais. Pour réduire le coût des produits bio au Sénégal, et donc rendre accessible une alimentation saine pour tous, il fallait créer un système de garantie sénégalais. La FENAB a donc travaillé sur un cahier des charges, qui, s’il est respecté par le producteur, permet l’octroi du label « Bio Sénégal ». 

Le projet pilote du SPG est lancé en Octobre 2016, pour 3 ans, avec 500 producteurs du réseau, dont 258 déjà en bio et le reste en transition. Le suivi du respect du cahier des charges et l’accompagnement dans la transition est assuré de paysan à paysan ! Ce sont des comités locaux, avec des « contrôleurs internes » qui s’en chargent.

Seule faiblesse du cahier des charges Bio Sénégal : les semences. Au Sénégal, la disponibilité des semences paysannes est très faible. Alors à l’écoute du sujet de mon étude, Mor Sokhna prend la parole, et ne mâche pas ses mots. On commence par un rappel de la situation des semences au Sénégal, qui n’est jamais de trop quand on comprend le phénomène d’accaparement du patrimoine génétique que connaît le pays : 

 

Résultat aujourd’hui, le Sénégal souffre d’un réel problème de disponibilité des semences paysannes. Mor Sokhna poursuit :

 

Dans le choix des producteurs éligibles au programme de SPG, au vu des difficultés de s’approvisionner en semences paysannes, au vu des conditions climatiques et de l’état des sols, qui rend les intrants bio inefficaces (eux-aussi généralement créés pour les conditions climatiques des pays du Nord), pour la FENAB, “c’est l’homme qui doit être bio”. Tout part de la volonté du producteur de s’engager dans une vraie transition.

Quel travail ! Je finis par leur poser la question qui me brûle les lèvres depuis le début de l’entretien : Ibrahima, Mor Sokhna, êtes-vous optimistes ? Question à laquelle ils me répondront avec beaucoup de philosophie :

Pour en savoir plus sur l’incroyable travail de la FENAB : http://fenab.org 

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