Seed Tour #14 – Futures Fermes

Mars 2018, Finca del Medio, Sancti Spíritus, Cuba.

Le taxi roule, s’arrête, demande son chemin, et tourne brusquement sur un chemin de terre. Nous débarquons à la Finca del Medio comme dans une oasis dans le désert de canne à sucre.

La famille Casimiro s’est installée sur cette terre en pleine période spéciale. Elle travaille depuis 20 ans à atteindre l’autonomie alimentaire et énergétique.

Leidy Casimiro, l’aînée et première doctorante en agroécologie de Cuba, parle de “résilience socioécologique”. Aujourd’hui, la Finca del Medio est un modèle de ferme agroécologique à Cuba, et accompagne les autres dans leur transition.

Nous passons 4 jours à découvrir le système permaculturel de la Finca del Medio, et c’est Chavely qui prendra soin de nous, et nous en expliquera les ficelles.

Seed Tour #13 – Granola Maya

Mars 2018, Playa del Carmen, Quintana Roo, Mexique.

Dernière étape mexicaine, le bus me dépose à Playa del Carmen, passée en 10 ans du village de pêcheurs au temple du tourisme de masse sur la Riviera Maya.

J’y ai rencontré les résistants, ceux qui pensent que les communautés mayas de la région y ont plus leur place que les cars de touristes qui viennent déjeuner au KFC.

Parmi eux, Gabriela Caro, que vous avez rencontré dans le TWTS #12, et Sebastián Gaël. En créant des aliments à partir de produits sourcés dans les communautés mayas, il y créé des opportunités de travail et espère que les paysans préfèreront travailler avec lui plutôt que dans un hôtel de luxe. Découvrez son histoire !

 

Seed Tour #12 – Semer chez soi

Février 2018, Palenque, Chiapas, Mexique.

Je rencontre Edmundo Gómez dans sa maison de Palenque. Vous le connaissez déjà car il nous a décrit le contexte agricole de la zone de la forêt Lacandone, dans l’état du Chiapas au Mexique, dans le That’s What They Seed #9 !

Il m’emmène dans son jardin biointensif, qu’il cultive avec l’appui de l’association Amextra, dont il est le coordinateur pour la zone de Palenque. Dans ce type de jardin, on peut cultiver de quoi se nourrir, se soigner, et même décorer sa maison. Dans la littérature botanique maya, on recense plus de 400 espèces cultivables !

Edmundo travaille à la recherche et à la conservation de ces espèces, de manière à ce que les familles paysannes puissent être plus autonomes en cultivant ce dont elles ont besoin, chez elles, dans leur jardin.

 

Seed Tour #11 – Tous dans la même assiette

Février 2018, San Cristobal de las Casas, Chiapas, Mexique.

Je rencontre Alma Amalia González Cabañas, docteur en écologie et développement durable de l’UNAM qui m’emmène au Tianguis Comida Sana y Cercana dont elle est membre fondatrice.

Le principe de ce marché de producteurs ? Il est basé sur la certification participative ! Un groupe de producteurs et un groupe de consommateurs se rassemblent pour fixer ensemble un cahier des charges : que veut-on dans notre assiette ?

Cette démarche a lieu hors de tout cadre de certification existant ou de toute organisation encadrante. Ils créent simplement un comité, constitué de producteurs, consommateurs, spécialistes et chercheurs qui va s’assurer de la bonne application du cahier des charges et du bon déroulement du marché, deux fois par semaine.

Carolina Reyes, Doctorante en Dynamiques Rurales de l’université de Toulouse Jean Jaurès décortique cette pratique, nous expose les points positifs et les points d’amélioration.

C’est ce qu’on appelle une bonne seed solution, à découvrir en vidéo :

 

GRAND FORMAT : Revenir

Le Chiapas est un état du Sud du Mexique. Une frontière maritime sur le Pacifique, l’autre sur le Guatemala, et au Nord coupé du Golfe du Mexique par le Tabasco, le Chiapas possède de hautes montagnes et des forêts millénaires. C’est l’état mexicain dans lequel on trouve le plus de communautés indigènes, maya tzotil, maya tzetlal, et autres. Les chiffres sont peu fiables car le recensement est compliqué, mais on dit qu’un habitant sur deux y travaille la terre. Tuxtla Gutiérrez en est la capitale mais San Cristobal de las Casas est la ville la plus visitée, pour son ambiance, ses rues pavées et sa situation au coeur des montagnes.

A partir de 1994, le Chiapas est devenu la terre de conflits armés entre le gouvernement mexicain et l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN). Les habitants du Chiapas, sous la direction du Subcomandante Marcos, ont pris les armes face au manque d’écoute du gouvernement mexicain quant à leurs revendications, notamment celle de l’accès à la terre. De 1994 aux années 2000 (et encore aujourd’hui dans une moindre mesure) la zone fut le théâtre de funestes affrontements, on se souviendra notamment du massacre d’Ocosingo de janvier 1994.

Dans le Chiapas, on passe de 10 à 35 degrés en quelques kilomètres. J’en ai fait l’expérience en arrivant à Palenque, ville dans laquelle j’ai eu la chance de vivre chez Edmundo. Fervent défenseur de la forêt et des espèces endémiques qui y poussent, Edmundo partage les savoirs mayas et soutient les communautés de la région via son association Amextra. Il nous décrit le contexte agricole dans lequel il évolue dans ce That’s What They Seed filmé sur le toit de sa maison, juste à côté de son jardin potager  :


Ce qui a retenu mon attention dans le Chiapas, c’est aussi la propension des jeunes à en sortir, pour aller étudier ailleurs, à la ville de México par exemple, mais aussi à y revenir, conscient que leurs traditions vestimentaires, culinaires, religieuses, musicales, leurs forêts, leurs montagnes et leurs villages sont en péril. Une génération consciente que s’ils n’agissent pas, personne ne le fera à leur place.

Je vous propose ici deux portraits de jeunes chiapanecos rencontrés sur ma route, qui ont inspiré cette réflexion.

Claudia Ruiz est née à San Juan Chamula,

une communauté Tzotzil près de San Cristobal de las Casas connue pour son église dont les murs servent autant au culte catholique que maya. Partie étudier et travailler à la ville de México, elle prend conscience de l’importance de perpétuer les traditions gastronomiques de sa communauté. San Juan Chamula se situe dans le Chiapas, mais sous le terme « comida chiapaneca » qu’on retrouve dans tous les marchés du pays, on ne retrouve pas ce qu’elle mangeait étant enfant. Profitant de l’essor touristique de la ville de San Cristobal de las Casas, elle décide d’y revenir et d’y ouvrir un restaurant de cuisine de San Juan Chamula. Chez Kokono, on mange local et de saison. Claudia réunit en un seul lieu gastronomie, culture, langue, coutumes et traditions de sa communauté.

Mais Kokono c’est plus qu’un restaurant, c’est l’affirmation de la présence des produits indigènes dans la cuisine régionale du Chiapas. Dans le Chiapas, on se dit “mestizo” ou “indigena” mais on n’est pas des deux. Les deux groupes vivent séparés et ne mélangent pas leurs traditions culinaires.

Kokono c’est aussi un projet d’émancipation pour Claudia. Être entrepreneure, femme, à San Juan Chamula, c’est pas tous les jours. Alors contre vents & marées, ou plutôt contre clichés & uniformisation, Kokono sert les chanceux visiteurs de San Cristobal de las Casas mais aussi locaux depuis moins d’un an… et ça cartonne !

Moi par exemple, j’y ai mangé un Vok-ich ta alak (en langue Tzotzil). C’est une sorte de maïs (et désolée d’avance de dénaturer complètement le plat avec ma description de française), dans une soupe avec de l’epazote qui est une plante aromatique et médicinale.

En bonne seedeuse j’ai demandé d’où venaient les graines de ce qu’on mangeait. Claudia me rappelle que dans le Chiapas, le gouvernement offre des graines transgéniques aux producteurs. En plus d’appauvrir les sols, cela créé des conflits entre producteurs puisque ceux qui les acceptent contaminent les champs de ceux qui les rejettent. Ce qui est sûr, me dit-elle, c’est que pour avoir les saveurs que testent actuellement mon palais, les graines, elles les a reproduites elle-même !

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Merci Claudia et GO KOKONO !

En savoir plus sur Claudia Ruiz et Kokono:

Marco Girón est né à Tenejapa,

une communauté tzeltal près de San Cristobal de las Casas. Il est photographe, comme son père, et après des années d’études loin de sa famille, il a décidé de revenir et d’ouvrir la première et la seule galerie de photos de son village. Il nous emmène à Tenejapa voir le rituel des semis, représenté lors de l’avant-dernier jour du carnaval en Février. Les hommes et garçons du village suivent un rituel et cheminement précis toute la journée, représentant le moment de semer les graines de courges. Dans le Chiapas, le carnaval ouvre la saison des semis !

Marco veut mettre en avant, mettre en beauté ce rituel, souligner le travail des textiles utilisés, des chants, des danses et du déroulé, comme un devoir de mémoire collective. Après quelques heures de carnaval, on s’assoit (épuisés !) autour de huaraches préparés dans un restaurant du village (la fameuse tortilla de maïs reine, garnie de ce qu’on veut. C’est comme un tacos mais de la taille d’un kebab, ça vous parle ?). Il nous raconte que toutes les photos qu’il prend sont mises à disposition gratuitement des familles photographiées. Pour qu’elles appartiennent à tous ! Le but n’est pas forcément touristique, mais plutôt de créer un espace dans le village pour que les habitants viennent y faire vivre leur culture, y organisent des événements et se rappellent les bons souvenirs, ainsi que la mémoire des disparus.

Pour qu’on puisse assister au carnaval, Marco va parler aux anciens à Tenejapa. Ils nous autorisent à nous joindre au groupe et ça y est, on peut filmer. Marco nous dit que c’est important qu’on participe, pour faire connaître le carnaval de Tenejapa et garder des images. Il aimerait faire venir des petits groupes comme nous tous les ans. Mais si de plus en plus de gens comme nous participent, comment va devenir le carnaval de Tenejapa ? Envahi de touristes comme à San Juan Chamula ? Difficile de trouver l’équilibre entre ouverture, source de revenus, et communautarisme pour préserver l’authenticité des traditions.

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Le rituel des semis reproduit toutes les étapes de l’agriculture à Tenejapa. Ici on représente un paysan qui met le feu à la terre pour la désherber et l’enrichir grâce aux cendres. C’est la technique ancestrale des cultures sur abattis-brûlis, controversée car traditionnelle mais mettant en péril l’environnement.

Plongez-vous dans le 14ème jour du carnaval à Tenejapa :

Et si vous préférez fermer les yeux pour mieux le vivre, découvrez le Seed Dive du Carnaval de Tenejapa :


En Mars je quitte le Chiapas pour Campeche, puis le Yucatán. Sur ma route je continue à rencontrer des gens qui reviennent, ou qui aident et incitent les gens à revenir. Pour conclure cette thématique du retour, je vous laisse avec Dino, Gardien de Semences à Xoy, Yucatán. Il souligne l’importance de passer le flambeau aux jeunes, pour conserver les espèces, la culture, et ne pas perdre les terres ancestrales :


 

C’était le premier sujet du Seed Tour alliant texte, audio, photo et vidéo, ça vous plaît ? Donnez-moi vos impressions ! 

Seed Tour #10 – Mezcaleros

La graine est partout ! Même dans l’alcool 🙂
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Au Mexique, l’alcool national c’est le mezcal, issu du maguey (le maguey c’est l’agave et l’agave, ça ressemble à un cactus, mais ça n’est pas un cactus !). La tequila est d’ailleurs un mezcal… produit dans la région de tequila et qui bénéficie donc de l’appellation d’origine contrôlée.
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Les “maestros” ou “mezcaleros”, ceux qui font le mezcal, utilisent différentes variétés : l’espadín, le barril, le cuish… certaines grandissent une quinzaine d’années avant d’être prête à l’emploi !
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Le mezcal est la spécialité de l’état de Oaxaca au Mexique pour deux raisons : la première est que les magueys y poussent à l’état sauvage dans les montagnes, et la deuxième est que pour cette même raison géographique, les maestros ont toujours pu cacher les distilleries dans les montagnes, si escarpées que les espagnols ne s’y aventuraient pas pour contrôler lorsqu’ils interdisaient aux mexicains de produire leur propre alcool.
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Seulement aujourd’hui, on a séparé les deux. Il y a ceux qui font pousser l’agave en grande quantité, qui la vendent à ceux qui distillent, et ce parfois dans des régions très éloignées.
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Vinik travaille pour les Mezcales Cuish : https://www.facebook.com/mezcalescuish/ et est un passioné de mezcal, il a même son propre blog Expresiones del Mezcal : http://www.expresionesdelmezcal.org. Je l’ai rencontré à Oaxaca et nous sommes allés ensemble à Ejutla, plus au sud pour rencontrer Don Gregorio et son fils Joel. La famille produit du mezcal de père en fils ! Mais les méthodes ont bien changé, aujourd’hui c’est une entreprise qui contrôle tout le schéma de production de Don Gregorio, et qui le fournit en agave. Fini la cueillette locale dans les montagnes environnantes.
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Plus proche de la ville de Oaxaca, à San Francisco Lachigolo, j’ai rencontré Raizza, Mario et leur fils. Ils viennent de la ville de Mexico et ils ont décidé de venir s’installer ici pour cultiver les semences natives de maguey de l’état de Oaxaca, les faire pousser et les vendre au Mezcaleros de la région ! Pour que leur business soit viable, ils ont aussi créé une marque de mezcal qui s’appelle Mezcal Artesanal de Caza : https://www.facebook.com/artesanaldecaza
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Découvrez leur témoignages dans la vidéo !