GRAND FORMAT : Serge est reproducteur de semences industrielles de maïs

Bienvenue à Saint-Germé, non loin de Barcelonne-du-Gers entre Auch et Mont-de-Marsan, Sud-Ouest, France.

En France on cultive deux types de maïs : le « maïs conso » généralement dédié à l’alimentation animale, et le « maïs semence » qui, comme son nom l’indique, est dédié à reproduire les variétés améliorées par l’industrie semencière, avant de vendre le grain aux producteurs de « maïs conso ».

Serge est producteur de « maïs semence ». Il est rattaché à une coopérative qui négocie des contrats de reproduction de graines de maïs avec Pioneer, filiale de la société américaine DuPont de Nemours, 2ème semencier mondial après le célèbre Monsanto-Bayer. En plus du maïs, sur ses 100 hectares Serge, épaulé par sa femme Christiane qui gère tout l’administratif, produit des haricots verts, du soja, du tournesol et de l’orge.

Nous l’avons rencontré dans sa maison, et face caméra, il nous partage son point de vue.

Pioneer créé des variétés de maïs puis passe des contrats avec des coopératives d’agriculteurs dans différentes régions françaises – ce sont les « îlots », de manière à éviter le risque climatique. La coopérative cascade ensuite la charge de travail à ses adhérents, dont Serge fait partie. Serge plante les graines Pioneer, qui donnent des épis, les épis donnent le grain, la coopérative achète le grain ainsi multiplié et le revend à Pioneer, qui le vend enfin aux agriculteurs de maïs conso.

Les variétés de maïs à reproduire lui sont imposées. Elles lui sont présentées sous forme de numéros, et une fois la variété reproduite et certifiée, elle prend un nom commercial. Ceci rend la traçabilité difficile pour Serge, qui ne saura jamais qui sont les acheteurs finaux de ses graines. Serge, agriculteur indépendant, se considère donc plutôt comme un prestataire de service.

Lorsque Serge plante son maïs, il ne sait pas encore exactement à quel prix la coopérative va lui acheter. Le prix dépend des fluctuations du marché du maïs conso, sur lequel Serge bénéficie d’une légère augmentation du fait de son contrat de culture de semence.

Prix de vente incertain, mais coûts de production certains ! Le coût de production du maïs semence est constitué : du salaire du producteur (s’il décide de s’en verser un) et des éventuels autres salariés, du carburant nécessaire au fonctionnement des machines, de l’amortissement des outils et machines achetées pour s’occuper du champ, des semences (le grain est “donné” aux producteurs mais sa valeur est retenue sur le prix de vente) et des intrants chimiques… non obligatoires mais « vivement conseillés » pour faire pousser ces variétés imposées.

Pendant que les jeunes du Bordelais vendangent, les jeunes du Gers castrent le maïs. Le maïs porte une fleur femelle et une fleur mâle sur la même plante. Sur certaines rangées, on retire la fleur mâle de la plante car on souhaite que la fleur femelle soit fécondée par une autre rangée. Ces consignes sont données par la coopérative, qui traduit à Serge et à ses coopérateurs les besoins de Pioneer. Comme beaucoup d’activités manuelles de la ferme traditionnelle, aujourd’hui le castrage du maïs se mécanise : on utilise le tracteur. On économise donc le coût de la main d’oeuvre et Pioneer peut diminuer le prix de vente du grain… si tant est que le prix du carburant n’augmente pas.

Serge aujourd’hui gagne moins d’argent qu’en 1984. Et pour le maïs conso ? Au coût de production énoncé plus haut, les producteurs de maïs conso doivent rajouter le prix de la semence achetée à Pioneer (et produite par Serge – vous suivez ?). Ces producteurs doivent racheter le grain régulièrement, voire chaque année, car lorsqu’on resème une semence hybride industrielle elle dégénère et l’agriculteur subira une perte de performance importante…

…perte qui ne s’observe pas lorsqu’on travaille en semence paysanne ! Ces semences adaptées et reproduites dans un terrain et un climat donnés, s’y adaptent de mieux en mieux chaque année. Leur structure génétique est équivalente à chaque génération, ce qui garantit la stabilité de leurs performances à chaque fois qu’on les resème. Si un producteur de maïs conso replante les graines issues d’un épi créé à partir d’une semence Pioneer, il doit déclarer cette pratique à l’industriel, car selon les cas, des droits de propriété sont à payer.

Sentiment d’être dans la prestation de service, variétés et méthodes de cultures imposées, financiarisation et mécanisation de l’agriculture, administratif et business plans. L’agriculture se pense et se vit de façon systémique. Quid du rapport à la terre ? Serge a travaillé sa terre depuis ses 17 ans, pendant plus de 40 ans.

A un an de la retraite, les options sont simples : mettre la terre en location à un repreneur, ou la vendre.

Ainsi s’achève notre rencontre avec Serge, forte en apprentissages et en émotions. Et alors que la caméra se reposait après surchauffe (il paraît que c’est toujours comme ça l’été, dans le Gers), il nous confie que s’il avait encore 40 ans à faire sur cette terre… il passerait en bio. “Car il y a le marché”, l’entrepreneur a parlé.

Si Gaël et moi avons rencontré Serge, c’est grâce à mon ami Jérôme, qui castrait le maïs chez lui étant plus jeune. On repart le coeur plein de ces histoires d’appartenance à la terre, et l’esprit plein de questions sur notre modèle agricole ! L’heure du dîner approche, alors le voyage continue, Lucie et Jérôme ont promis de nous faire découvrir la gastronomie locale. Direction Marciac, son canard et son célèbre festival de jazz à 40km de là !

12. En route pour Marciac.00_00_12_09.Still003-2.jpg

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