Les prunes de Mérida

Mérida, Yucatán, Mexico, Février 2018

La chercheuse Rocío Ruenes Morales travaille sur les prunes du Yucatán, au sein de l’UADY (Université Autonome du Yucatán). Elle est ethnobotaniste, c’est-à-dire qu’elle étudie la relation entre les hommes et les plantes (mon rêve !). Elle m’explique que l’Etat du Yucatán perd des tas de variétés de prunes, car elle ne sont plus cultivées. Je lui demande donc naïvement, mais pourquoi ne cultive-t-on plus ces prunes ?

Outre les politiques gouvernementales qui encouragent les cultures à haut rendement et la spécialisation des cultures, on distingue 3 raisons sur lesquelles on peut agir :

  • Manque de reconnaissance de ceux qui conservent les espèces. “Ici on conserve notre patrimoine alimentaire !” devrait-on écrire sur l’entrée des fermes impliquées. Une autre solution serait de promouvoir l’éco-tourisme, comme facteur de reconnaissance du travail accompli et de revenu complémentaire pour ceux qui s’y mettent.
  • Manque de connaissances des propriétés de chaque variété et de leur intérêt ! Ce n’est pas parce que la prune X pousse moins bien que la prune Y qu’elle n’est pas meilleure pour la santé ! Et ces connaissances il faut les diffuser auprès des producteurs : Rocío, par exemple, développe des supports pédagogiques à destination des producteurs, pour qu’ils reconnaissent et plantent les espèces de prunes en voie de disparition…
  • … elle fait aussi des livrets de recettes pour apprendre à consommer les prunes ! Il faut aussi diffuser ces connaissances auprès des consommateurs, car un consommateur ignorant, c’est un consommateur qui n’achète pas ! On manque donc de points de vente, de débouchés, pour toutes ces variétés de prunes. 

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Rocío Ruenes Morales, ethnobotaniste à l’UADY

Mettons en pratique la théorie, Rocío m’expédie chez Alfonso Castillo, technicien agricole qui travaille avec elle, mais surtout maya yucatèque qui connaît les plantes de sa région comme sa poche. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je me retrouve dans son solar (un jardin cultivé, en termes yucatèques) à la rencontre des prunes.

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Alfonso Castillo dans son solar, de dos

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Alfonso Castillo dans son solar, de façe

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Un prunier qui vaut de l’or (février ce n’est visiblement pas la saison des prunes dans le Yucatán)

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Mais par contre c’est bien la saison du Zapote, fruit local !

Bref, ça c’est le cas des prunes. Mais en général, pour continuer à cultiver des espèces en voie de disparition, et donc contribuer à une situation de sécurité et souveraineté alimentaire, ce qu’il faut c’est renforcer le capital social me dit-elle. Bourdieu ? Marx ? vous n’avez rien compris ? Moi non plus. Heureusement je suis directement allée poser la question à Ángel Lendechy Grajales, professeur-chercheur en développement humain à l’UADY et bien sûr, collègue de Rocío. Voici ce qu’il m’a répondu :

Je ne parle pas espagnol, il dit quoi ?

“Nous définissons le capital social comme étant le niveau de confiance et de coopération entre les gens et les institutions comme la nôtre qui travaillent dans des communautés pour développer ce type de projet (NDLR – accompagnement à la culture d’espèces en voie de disparition). C’est-à-dire à quel point nous arrivons à travailler ensemble, et pas seulement entre nous et la communauté mais aussi entre toutes les insitutions qui développent des programmes dans la région.” Dr Ángel Lendechy Grajales.

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