A lire : Vandana Shiva, pour une désobéissance créatrice

Pour préparer le Seed Tour, on lit tellement de choses qu’on a décidé d’en faire des fiches.

La première, c’est Virginie qui l’a écrite ! Virginie, c’est une super seeder, passionnée d’écologie. Elle en a même fait un blog : Le Quotidien Vert.

Aujourd’hui, elle vous présente Vandana Shiva, une des figures du combat des semences paysannes dans le monde à travers l’interview que le journaliste Lionel Astruc a réalisé et publié dans son livre : Vandana Shiva pour une désobéissance créatrice, Lionel Astruc, Domaine du Possible, ACTES SUD.

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Le livre en question

C’est parti !


Vandana qui es-tu ?

Vandana Shiva, physicienne, docteur en philosophie des sciences, écrivaine et éco-féministe, est devenue l’emblème mondiale de la lutte contre l’agriculture intensive et monoculture, contre le brevetage du vivant et la biopiraterie. « Ce terme désigne l’appropriation abusive de végétaux et de savoir-faire locaux, l’exploitation par des sociétés commerciales, dans des conditions inéquitables voire illégales, de ressources biologiques ou génétiques propres à certaines régions. » (p.29).

La biodiversité devient une marchandise, comme l’autorise les ADPIC (accords sur les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touche au Commerce) mis en place par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 1994. « L’accord sur le ADPIC empêche le retour des pays du Sud à la souveraineté alimentaire : un pays ne peut pas être autonome s’il ne dispose pas de ses propres graines. C’est un instrument de protectionnisme au service des monopoles industriels sur les semences, mais aussi sur les technologies, les gènes et les médicaments. […] L’Accord sur les ADPIC encourage le pillage de la biodiversité et nuit aux droits économiques, sociaux et culturels des plus pauvres ». (p.60).

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Biodiversité maximum à la Ferme des Trembles (France, Berry)

Vandana que fais-tu ?

Son combat débute lorsqu’elle comprend au cours d’un séminaire en Haute-Savoie, en 1987 la stratégie des industries semencières : « prendre le contrôle des semences grâce au brevetage et aux OGM » afin de vendre ce que la Terre offre gratuitement. Elle commence alors à marcher à travers l’Inde afin de récupérer et sauvegarder des graines locales et variées. En 1993, à Bangalore, elle appelle à la désobéissance civile et plus de 500 000 manifestants se mobilisent.

« Sur une courbe historique j’ai placé trois étapes : la révolution industrielle qui a remplacé le travail humain par la mécanique ; la révolution chimique, pendant la guerre, qui s’est ensuite propagée à l’industrie et à l’agriculture ; et enfin la troisième révolution, en gestation, dont le support est la vie elle-même, soumise aux manipulations génétiques et au brevetage. […] Il était absolument évident pour moi que l’on ne peut pas empêcher les paysans de reproduire eux-mêmes leurs semences et encore moins leur faire payer ce que la terre leur offre naturellement et gratuitement. » (p.105)

Ainsi, elle crée Navdanya, une association et un mouvement national de protection du vivant et de promotion de l’agriculture biologique et du commerce équitable. Navdanya est devenue une banque de semences agricoles et un centre de formation à l’agriculture biologique en Inde. Vandana Shiva travaille aussi bien au niveau local – plus de 500 000 fermiers à travers l’Asie du Sud Est ont pu être aidés et plus de 30 banques de semences coopératives ont été créés – qu’au niveau global. Elle rassemble et appelle les agriculteurs du monde entier à la « désobéissance des graines » : une lutte non violente contre le pouvoir des multinationales. Cela permet la création de banque de semences à travers le monde entier, aide les pays du Sud à retrouver leur souveraineté alimentaire et protège la biodiversité.

« Aucune espèce n’est épargnée : lorsque vous plantez la même espèce sur de grandes étendues, en monoculture intensive, toute la biodiversité environnante en souffre. Prenons l’exemple du maïs : en Amérique du Sud, les indigènes ne le cultivaient jamais tout seul. Il faisait toujours partie d’un ensemble de plantes appelées « les trois sœurs » : le maïs, les haricots et les courges, chacune cultivée en de multiples variétés. Du reste, dans les villages traditionnels autour de Mexico, vous pouvez encore trouver des milliers de courges différentes et des haricots sous toutes leurs formes. Mais, lorsque vous remplacez cette incroyable biodiversité par une monoculture basée sur des graines non reproductibles, le système entier s’effondre.Cela dit, il faut garder à l’esprit que l’uniformité ne vient pas seulement de l’industrie semencière. Le secteur de la distribution impose lui aussi ses contraintes, afin notamment de faciliter la transformation. Le distributeur américain Walmart, par exemple, n’accepte qu’un calibre particulier de pommes. […] L’industrie de la transformation joue donc un rôle considérable dans la perte de la biodiversité. » (p.97)

Vandana, quels sont les sujets principaux de ton combat ?

Vandana Shiva se bat contre la production d’OGM (Organisme Génétiquement Modifié) et l’utilisation de produits chimiques qui détruisent le sol et la biodiversité. Comme le rappelle l’auteur, le développement des OGM reste, pour le moment, limité dans le monde : « En 2013, 18 millions d’agriculteurs cultivaient des produits génétiquement modifiés, ce qui représente moins de 1% de la population agricole mondiale. » (p.116) et seuls certains pays utilisent ces semences (Argentine, Brésil, Etats-Unis, Canada, l’Inde et l’Espagne en faible quantité). Par contre, les surfaces cultivées avec ces OGM sont immenses, et nourrissent des populations entières (d’humains, mais aussi d’animaux destinés à la consommation).

Vandana Shiva alerte sur les dangers que peuvent causer l’agriculture intensive, les OGM et l’utilisation de pesticides sur tous les organismes vivants (plantes, animaux et hommes) et appelle à la fois les agriculteurs et les consommateurs à la désobéissance civile. Elle alerte également sur le changement climatique : l’industrie alimentaire est responsable de presque 40% des émissions de gaz à effet de serre. Les phénomènes naturels dont les sécheresses et les inondations touchent tous les pays et plus fortement les pays pauvres. Les populations perdent leur terre et sont souvent obligés de migrer.

L’auteur retranscrit la façon dont Vandana Shiva raconte la transformation des pratiques agricoles notamment depuis le milieu du 20e siècle, avec l’introduction de la chimie, des biotechnologies et de la biologie synthétique :

« La première révolution verte a intégré la chimie dans l’agriculture. La seconde a introduit les biotechnologies, à savoir les OGM, et la troisième prend corps à travers la biologie synthétique, une technologie émergente destinée à transformer des organismes naturels en “usines vivantes” et en carburants. Les deux premières révolutions étaient donc vouées à l’échec : l’agriculture chimique et intensive conduit à la monoculture alors même que la biodiversité s’avère indispensable à la vie. Quant aux biotechnologies, elles supposent que les gènes peuvent agir isolément, bien que chacun dépende étroitement des autres et porte en lui plusieurs caractéristiques (rendement, résilience, etc.). La troisième révolution s’écarte encore davantage des fondements de la vie sur Terre. Elle considère la biomasse comme un matériau a priori improductif, usagé et inutile tant qu’il n’est pas transformé en biocarburant. » (p. 164-165)

Vandana Shiva aide et forme les paysans à l’agriculture biologique et à l’agroécologie. Elle prône les petites exploitations et l’agriculture urbaine (les jardins partagés notamment) comme étant les solutions d’avenir. L’agroécologie a déjà fait ses preuves en termes de rendement et de fertilité. En effet, le rendement est souvent équivalent ou plus élevé que celui de l’agriculture intensive, la biodiversité y est plus dense et l’humus y est protégé. Par exemple, dans son livre « Les Moissons du futur, Comment l’agroécologie peut nourrir le monde », Marie-Monique Robin relate les données de l’étude Farming Systems Trial sur les cultures conventionnelles et biologiques menée durant 30 ans par Rodale Institute : l’agriculture biologique permet une diminution de 45% de la consommation d’énergie, de 40% des émissions de GES, un revenu net dégagé par parcelle de 558$ par acre (soit 0,4 hectare) et par an et un rendement similaire voire supérieur.

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La Prairie, super lieu d’agriculture urbaine à Paris (Bobigny)

Vandana, où es-tu ?

Aujourd’hui, Vandana Shiva est reconnue dans le monde entier pour son engagement et son militantisme. Elle intervient dans de nombreuses conférences et dans des documentaires (« Le Monde selon Monsanto » de Marie-Monique Robin en 2008, « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau en 2010 ou encore « La Guerre des Graines » de Stenka Quillet et Clément Montfort en 2014). Elle contribue fortement à la mobilisation de manifestants, comme lors de la marche mondiale contre Monsanto en mai 2013 où 2 millions de manifestants se sont mobilisés dans 52 pays ou lors de la Conférence de Copenhague en décembre 2009. Son travail a été récompensé notamment en 1993 où elle a été lauréate du Prix Nobel alternatif.

Elle contribue quotidiennement à la libération des semences et à la création de réseaux dans le monde entier. Elle aide par exemple les agriculteurs à se regrouper pour créer des banques de semences agricoles dont les objectifs sont définis ainsi :

« La protection des graines, leur multiplication et leur diffusion sont donc les trois étapes essentielles de l’activité d’une banque de graines. Chaque fermier qui donne des graines est contributeur d’une banque. Nos terres sont un sanctuaire pour protéger les graines, mais ensuite ces dernières sortent d’ici, sont plantées par d’autres et continuent à se multiplier et à circuler d’une ferme à l’autre. Notre banque est donc vivante car les graines doivent pouvoir s’adapter et évoluer à chaque saison » (p.124)

Et en France ?

En France, la situation est encore différente car les OGM sont interdits (mais pas pour nourrir les animaux). Par contre les producteurs ne plantent pas ce qu’ils veulent ! Les semences utilisées doivent être inscrites dans un catalogue décidé au niveau de l’Union Européenne. Ce catalogue limite l’usage des semences à certaines variétés, pas forcément adaptées aux terroirs (suivez le Seed Tour pour en savoir plus !). Les réseaux de reproducteurs de semences libres se développent : les agriculteurs, les vendeurs, les paysans, les associations semencières s’associent pour protéger la biodiversité. Le Réseau Semences Paysannes par exemple regroupe plus de 70 organisations membres et l’association Kokopelli possède, à elle seule, une collection de plus de 2200 variétés (soit des plantes potagères, céréalières, médicinales, condimentaires et ornementales mais aussi des semences plus rares et peu cultivées). Son objectif principal est la libération des semences et de l’humus.

« La liberté des graines telle qu’entendue par l’Alliance [ndlr : Alliance planétaire pour la liberté des semences] implique l’absence d’OGM, de brevets, et de produits chimiques. Seules ces trois garanties créent la vraie liberté. » (p.132)

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Conservatoire de Semences Paysannes de la Ferme de Sainte Marthe (France, Sologne)

En savoir plus :


Cet article a été écrit par :

Virginie_writer

Virginie Litaudon 

Récemment diplômée de NEOMA Business School, je travaille actuellement à Edinburgh Woollen Mill à Oxford. Passionnée par l’environnement, je suis bénévole dans une boutique de produits équitables et j’écris des articles via mon blog et pour le média professionnel RSEDATANEWS. 


Si toi aussi tu veux proposer un article à écrire sur le Seed Tour et devenir seeder c’est par là : auriane@seedtour.org.

Toutes les photos présentes sur le site sont faites par le Seed Tour pour le Seed Tour.

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